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Conflit mondial, guerre d’indépendance irlandaise

Pour aborder le contexte historique et le processus qui mena à l’indépendance de l’Irlande

Cette introduction interactive permet d'aborder le processus qui mena à l’indépendance de l’Irlande dont on célèbre le centenaire cette année. Pour aller plus loin dans les divers sujets traités, plongez dans les ressources numériques à disposition : articles, photos et vidéos d’archives, podcasts radio...


Conflit mondial, guerre d’indépendance irlandaise

Le 11 novembre 1918, tandis qu’une effervescence grandissante gagne toute la Grande-Bretagne, Londres observe avec inquiétude l’évolution de la situation politique irlandaise. Quelques semaines après la fin des combats en Europe de l’Ouest, les élections législatives organisées en décembre 1918 dans tout le Royaume-Uni donnent la majorité au parti indépendantiste irlandais, le Sinn Féin. Le 21 janvier 1919, fidèles à leurs convictions politiques, les nouveaux parlementaires irlandais du Sinn Féin refusent alors de siéger à Westminster et se réunissent à Dublin pour y proclamer l’indépendance de leur pays. C’est le début de la guerre d’indépendance irlandaise.

Première assemblée du Dáil Éireann, 21 janvier 1919
Première assemblée du Dáil Éireann, 21 janvier 1919

© National Library of Ireland

Casernes de Ballytrain (Comté d’Antrim) capturées et détruites par l’IRA, le 14 février 1920
Casernes de Ballytrain (Comté d’Antrim) capturées et détruites par l’IRA, le 14 février 1920

© National Library of Ireland

L’Armée républicaine irlandaise et la lutte pour l’indépendance

Le refus de Londres de reconnaître le scrutin précipite bientôt le pays vers la guerre. L’Armée républicaine irlandaise (IRA), bras armé du mouvement indépendantiste, entame alors une campagne contre les forces de la Couronne britannique. Elle s’appuie sur le savoir-faire militaire non-négligeable d’anciens combattants irlandais de la Première Guerre mondiale. Ces derniers entraînent les recrues républicaines et s’imposent bientôt comme des éléments incontournables. Beaucoup se voient confier d’importants postes de commandement au sein des brigades. Forte de ses 115 500 membres, l’Armée républicaine irlandaise conduit des opérations ciblées contre les autorités britanniques. L’IRA cible plus particulièrement les casernes militaires et n’hésite pas à abattre l’ennemi en public.

Entre 1919 et 1921, l’Armée républicaine irlandaise inflige de lourdes pertes aux forces de la Couronne. Rien qu’en mai 1920, l’IRA assassine 182 policiers et 50 soldats britanniques. Les représentants de la Couronne subissent inlassablement les persécutions des républicains. En juillet 1921, Laurence Roche, magistrat, déplore la destruction de sa demeure à Bruree (Comté de Limerick). Confrontés à ces attaques pernicieuses et constantes, un nombre non négligeable de policiers démissionne. Entre mai et juillet 1920, 566 membres de la Police royale irlandaise (RIC) donnent leur démission.

Harcèlement, ostracisme social et représailles

Commercer, ravitailler ou loger les soldats britanniques exposent tout citoyen à de possibles représailles. L’amitié que peuvent entretenir les civils avec les autorités britanniques (police, soldats, magistrats) fait également partie des charges retenues contre les victimes de lynchages. En 1921, à Ballinfull (Comté de Sligo), l’IRA tond deux jeunes filles pour les punir de leur amitié avec la police. À Ballinasloe (Comté de Galway), les républicains de la localité enlèvent Edward Thompson et le retiennent prisonnier trois jours. Son crime : avoir porté assistance à la Police royale irlandaise. Laurence Ryan subit le même sort : les 24 et 26 juillet 1920, il est enlevé par des individus armés, questionné et menacé de mort. L’IRA interdit à la population de ravitailler, côtoyer, aider les forces britanniques et parie sur le boycott économique et l’ostracisme social pour isoler les représentants de la Couronne. Cette guerre psychologique pousse de nombreuses familles royalistes à quitter l’Irlande. C’est le cas d’Edward Briscoe. Suite à l’incendie de sa maison à Westmeath, ce fidèle défenseur de la Couronne part s’installer dans le Nevada, aux États-Unis.

Le ‘Manager’, l’un des véhicules les plus utilisés pendant la guerre d’indépendance, 1920
Le ‘Manager’, l’un des véhicules les plus utilisés pendant la guerre d’indépendance, 1920

© National Library of Ireland

Trois Black and Tans dans les rues de Dublin, 1920
Trois Black and Tans dans les rues de Dublin, 1920

© National Library of Ireland

L’arrivée des Black and Tans et des Auxiliaires

En juillet 1920, face à l’urgence de la situation, le gouvernement britannique décide de lever deux corps de police, entièrement composés d’anciens combattants de la Première Guerre mondiale, pour prêter main forte aux autorités de l’île.

Placés sous l’autorité de la Police royale irlandaise, les Black and Tans et les Auxiliaires se lancent alors à la poursuite de l’IRA. Républicains comme forces de la Couronne perpétuent des actes de violences innommables pendant la guerre d’indépendance.

Toutefois, l’indiscipline et la brutalité de ces anciens combattants, manifestement traumatisés par plusieurs années de conflit en Europe, suscitent une vague de condamnations des autorités locales, des civils mais également des autorités britanniques. Le 11 décembre 1920, un groupe d’Auxiliaires et de Black and Tans attaque, passe à tabac, et torture Nicholas Prendergast. Les policiers attachent son corps à leur convoi et le traîne sur plusieurs mètres dans les rues de Fermoy. Quelques jours plus tard, à Cork, une patrouille de police, en réaction à une attaque menée par l’IRA, met le feu à plusieurs bâtiments du centre-ville, provoquant un gigantesque incendie d’une ampleur sans précédent.

L’incendie de Cork : deux rues du centre-ville après l’incendie, 13 décembre 1920
L’incendie de Cork : deux rues du centre-ville après l’incendie, 13 décembre 1920

© National Library of Ireland

Cork fut rebaptisée la « Irish Louvain » en référence à l’incendie de la ville belge, détruite par les troupes allemandes en août 1914
Cork fut rebaptisée la « Irish Louvain » en référence à l’incendie de la ville belge, détruite par les troupes allemandes en août 1914

© National Library of Ireland

Diplomatie et négociations

En janvier 1919, il n’était pas uniquement question d’obtenir son indépendance par les armes. Le 21 janvier 1919, à l’unanimité, l’assemblée nationale constituante (Dáil Éireann) rédige sa déclaration d’indépendance et envoie un « Message aux nations libres du monde » dans lequel elle affirme le droit de l’Irlande à disposer d’elle-même. Au moment où les pays vainqueurs de la Première Guerre mondiale réfléchissent à la construction d’un nouvel ordre mondial, les constituants irlandais envoient une délégation irlandaise à Paris dans le but de représenter les intérêts et les doléances de l’Irlande lors de la Conférence de Paix. En février 1919, Seán T. Ó Ceallaigh et George Gavan Duffy arrivent dans la capitale mondiale. À plusieurs reprises, les émissaires tentent de rencontrer George Clemenceau et se présentent au Quai d’Orsay : sans succès. Le Président de la Conférence de Paix ne daigne même pas répondre à leurs missives. À la lumière des principes énoncés par le président américain Woodrow Wilson, les populations nationalistes de l’île aspiraient à une indépendance totale. Or, le gouvernement français ne pouvait en aucun cas se désolidariser de son allié britannique.

Déçu par l’attitude de Clemenceau, Éamon de Valera (Président de Dáil Éireann) quitte alors l’Irlande pour les États-Unis en juin 1919. Il entreprend d’obtenir le soutien politique et financier de l’influente communauté irlando-américaine. Avec la signature du Traité de Versailles, les constituants irlandais et les populations locales comprennent alors que l’avenir de l’île ne se joue pas à Paris. Cela plonge bientôt l’Irlande dans une spirale de violences sans précédent.

Seán T. O'Kelly, Mary Kate O'Kelly et Harry Boland à la gare de Kingsbridge, en route pour Paris, 1919
Seán T. O'Kelly, Mary Kate O'Kelly et Harry Boland à la gare de Kingsbridge, en route pour Paris, 1919

© National Library of Ireland

Exposition virtuelle From Turmoil to Truce à la National Library of Ireland
Exposition virtuelle From Turmoil to Truce à la National Library of Ireland

Trêve, traité et divisions

En juillet 1921, après plusieurs mois de conflit, le gouvernement britannique et les constituants irlandais décident d’une trêve. À cette date, les communautés loyalistes de la province d’Ulster, fidèles à la Couronne britannique et réfractaires à toute indépendance irlandaise, avaient déjà mandaté leurs représentants pour faire sécession avec les trois autres provinces méridionales de l’île. Avec le Government of Ireland Act de 1920, six des neuf comtés de la province d’Ulster se fédèrent pour former l’Irlande du Nord, une entité politique distincte du reste de l’île, toujours partie intégrante du Royaume-Uni.

Avec la création de l’Irlande du Nord en juin 1921, le reste de l’île doit se résoudre à l’évidence ; les populations loyalistes, majoritaires dans le nord, n’accepteraient jamais de prêter allégeance à un parlement nationaliste à Dublin. Après plusieurs semaines de négociations tendues entre Dublin et Londres, en décembre 1921 Michael Collins signe le très controversé traité anglo-irlandais qui est ensuite ratifié par les députés irlandais. Le 7 janvier 1922, à 64 voix contre 57, les constituants actent la création de l’État-libre, une entité comprenant 26 comtés, bénéficiant du statut de domination britannique, et très largement autonome sur le plan politique et économique. Mais au sein des parlementaires irlandais, certains refusent catégoriquement le serment d’allégeance à la Couronne britannique ainsi que la partition de l’île. S’en suit alors une confrontation entre les indépendantistes modérés, conscients de la nécessité de parvenir à un cessez-le-feu avec les Britanniques, et les républicains radicaux, farouches défenseurs d’une république irlandaise débarrassée de toute attache avec la Grande-Bretagne. Avec la ratification du traité, le pays sombrerait bientôt dans la guerre civile.


Responsabilité scientifique : Dr Emmanuel Destenay


La Médiathèque offre de nombreuses ressources complémentaires sur le sujet : la collection est ouverte à tous, en accès libre et gratuit (lun-ven 14h-18h / merc 14h-20h).